Le premier jour du Pongal, c’est le bordel en Inde du Sud. C’est d’ailleurs le bordel pendant les 4 jours de Pongal. Le Pongal c’est… en fait, nous n’avons jamais vraiment compris de quoi il s’agissait… c’est une enorme fete, un peu equivalente au nouvel an selon certains indiens, et plus officiellement c’est en quelque sorte la celebration de l’arrivee de l’ete et de l’allongement des jours. Donc, durant ces 4 jours, l’Inde du Sud est en vacances et prend le bus pour se rendre dans les lieux en vogue du moment, les “the place to be”, comme Mamallapuram ou encore Pondicherry.

C’est en ce premier jour de Pongal que nous avons decide, sans le savoir, de prendre le bus entre Mahabalipuram et Puducherry (veritables noms indiens). Apres une heure d’attente pour pouvoir monter dans un bus moins plein que les autres et faire notre place avec nos sacs, nous avons passe 2h dignes d’une oeuvre du 7e art… Les yeux brillants et grands ouverts, le regard pose sur l’horizon et ses paysages vivants et colores, passant du rouge au vert, puis au bleu, puis encore au vert avec ses paysans vetus de rouge et de jaune, le tout sur fond de musique indienne douce rythmee par les klaxons et les mouvements des locaux… Monter, descendre, remonter, redescendre, devant, derriere, des sourires, des engueulades, et nous… Cheveux au vent dans notre bulle de bonheur, au milieu de ce brouhaha reposant, nous arrivons sur les traces d’aciens colons, a Pondicherry, comptoir francais de la Compagnie des Indes jusqu’en 1954.

Puducherry :
Cette ville se donne des airs de grande dame, mais la vieille dame a malheureusement pris de l’age et quelques rides. Le front de mer est toujours aussi agreable pour une petite balade au bord de l’eau, mais les anciens batiments coloniaux sont laisses a l’abandon, donnant un style un peu delabre et ville fantome apres 20h.

Cependant, il est tres appreciable de pouvoir deguster quelques croissants, pains au chocolat et pains aux raisins pour le petit dej’, ainsi que de se retrouver dans une ambiance legerement a la francaise.

Et pour ce qui est du cote vivant de la ville, il suffit de sortir de la partie coloniale pour se retrouver dans la partie indienne tout de suite plus… bruyante.

Pondicherry est aussi la ville de l’Ashram de Sri Aurobindo et de « La Mere », il est au centre de tout et il est impossible d’en faire abstraction… En effet, leurs visages apparaissent partout et l’Ashram possede de nombreux batiments dissemines dans toute la ville, ce qui fait d’ailleurs la particularite de cet ashram : David Vincent les a vus, ils sont la !!!
Plus serieusement, Sri Aurobindo est un penseur, yogi, revolutionnaire, philosophe indien qui arriva a Pondicherry en 1910 pour rompre avec sa vie passee et s’investir totalement dans la pratique du Yoga. A partir de 1926, il se retire completement de la scene publique et realise de nombreux ecrits, qui deviendront les bases de sa philosophie. Il disparaitra en 1950. C’est en 1926 que l’Ashram pris reellement vie sous la responsabilite d’une francaise, Mirra Alfassa, nee a Paris en 1878 et arivee a Pondicherry en 1914, plus connue sous le nom de “La Mere”, compagne spirituelle de Sri Aurobindo. Apres la disparition de celui-ci, La Mere poursuivit leur oeuvre jusqu’en 1973, date a laquelle elle disparut.
En 1953 elle crea notamment le Centre International d’Education Sri Aurobindo : une experience nouvelle et audacieuse dans le domaine de l’education. Auroville est le prolongement du travail effectué à l’Ashram et au centre d’éducation, mais ce sont deux entites bien distinctes.

Notre principal point d’interet etait donc Auroville, et les retrouvailles avec nos amis rencontres en trekking au Nepal.
Auroville :
Auroville est nee d’un reve, celui de « La Mere » : “Il devrait y avoir quelque part sur la terre un lieu dont aucune nation n’aurait le droit de dire : “Il est a moi”; ou tout homme de bonne volonte ayant une aspiration sincere pourrait vivre librement comme citoyen du monde et n’obeir qu’a une seule autorite, celle de la supreme verite. [...] Ce sera le lieu d’une éducation perpétuelle, du progrès constant, et d’une jeunesse qui ne vieillit point. [...] En resume, ce serait un endroit ou les relations entre etres humains qui sont d’ordinaire presque exclusivement basees sur la concurrence et la lutte, seraient remplacees par des relations d’emulation pour bien faire, de collaboration et de reelle fraternite. [...] Auroville veut être une cité universelle où les hommes et femmes de tous les pays puissent vivre en paix et harmonie progressive au-dessus de toute croyance, de toute politique et de toute nationalité “. Ca vous laisse reveur ? Normal…

Dans la realite : Auroville c’est plus de 2000 personnes, 38 nationalites (plus d’un tiers des habitants sont indiens), plus de 80 villages dissemines sur 20 kilometres et le Matrimandir (structure spherique ressemblant a une gigantesque balle de golfe) constituant le centre spirituel et le centre de la ville. Son architecture est le fruit du travail du francais Roger Anger. La ville se situe dans les environs de Pondicherry et son nom est en l’honneur de Sri Aurobindo.
Elle beneficie d’un statut unique en Inde : une liberte d’actions privilegiee et les habitants etrangers ont un statut preferenciel pour leur visas. Auroville est une fondation et un centre de recherche soutenu par l’Unesco.
Le projet debuta en 1968 par l’arrivee des pionniers, affluant du monde entier, sur un site aride, sans eau ou il n’y avait rien. Quarante ans plus tard, grace a un travail titanesque : creusage des puits, installation d’eoliennes facilitant le pompage, mise en place d’un reseau d’evacuation et d’adduction d’eau, plantation de plus de 2 millions d’arbres et d’arbustes, le desert s’est transforme en un paradis tropical : impressionnant !

A Auroville, on experimente, on improvise, on cherche, on met en pratique tout et rien (energies renouvelables, recyclage, constructions ecologiques…). Et c’est en cela qu’il y a beaucoup de choses positives notamment au niveau de l’education par exemple. En effet, la-bas, il n’y a pas de competition, pas de course a la reussite car il n’y a pas de diplomes, on apprend pour son enrichessement personnel, son epanouissement et parce qu’on en a envie. Les desirs et aspirations de l’enfant sont au coeur du systeme educatif et on l’encourage a s’orienter vers ce qu’il aime faire : revolutionnaire pour tout Francais !!
Il n’y a egalement pas de chefs, ni hierarchie a Auroville, les habitants sont invites a se reunir pour prendre les decisions, biensur a l’unanimite ! Du coup, il n’est pas toujours facile de faire cohabiter toutes ses nationalites, chacun ayant sa vision des choses, son vecu, ses attentes, ses envies, souvent plus personnelles, mais la diversite est l’un des principes de base. La vie communautaire est surement plus facile sur le papier que dans la realite.
Nous avons eu la chance de pouvoir nous rendre dans le Matrimandir, pour une seance de meditation d’une vingtaine de minutes, le lieu est assez impressionnant. A l’interieur, tout est epure, simple, beau, on se sent tres vite zen, calme, pret pour mediter. La chambre de meditation est un endroit vraiment special avec des murs de marbre blanc, et au centre, un globe de cristal de 70cm de diametre traverse par un rayon du soleil (qui d’ailleurs transperce tout le batiment). A l’exterieur de la sphere centrale, « dans les petales » se trouve 12 autres chambres de meditation correspondantes a une couleur et a une notion (sincerite, humilite, gratitude…).

Auroville, on pourrait en parler pendant des heures, il y a tellement a dire. Il y a des aspects negatifs et positifs, des personnes qui sont pour, d’autres contre… Il est difficile de comprendre tous les rouages de cette «autre » societe tant qu’on ne vit pas la-bas. Neanmoins, on ne peut nier le fait que ces hommes et ces femmes essayent de construire quelquechose de different, de nouveau, surement de visionnaire sur des bases que personne ne peut critiquer.
Cependant, a notre avis, Auroville reste une utopie, un reve qui restera un reve. Pour avoir une chance de reussir, il aurait fallu construire cette ville sur la « Lune », en tout cas loin de notre societe. Petit a petit, Auroville s’est laisse corrompre par la societe de consommation, le materialisme, l’argent, l’egoisme, par l’arrivee de nouvelle generation aux aspirations differentes… Mais comment fermer les portes et rester aveugle a tout ce qui se passe autour ? Auroville deviendra peu a peu, une ville comme les autres meme si elle gardera surement certaines manieres de fonctionner qui lui sont propre. C’est un peu pessimiste, mais en tout cas, il faut garder a l’esprit que des gens ont pu se rassembler et croire en quelque chose de tres positif. Peut-etre qu’un jour il y aura d’autres idees, d’autres initiatives nous donnant l’espoir de croire en une nouvelle societe universelle qui ne serait pas basee sur l’egoisme.
Pour les photos de Pondicherry et Auroville, cliquez ici.
Madurai :
2 jours ici nous ont suffit pour decouvrir cette ville construite autour du Meenakshi Temple, un des plus grands d’Inde. Datant du 16e siecle, construit sur une superficie de 20 ha, et accueillant plus de 10 000 fideles par jour, il fait partie des immanquables d’Inde du Sud.

Les 4 tours principales (nord, sud, est, ouest), dont la plus haute fait environ 60m, qui forment le cadre sont gigantesques et fascinantes. Toutes les divinites y sont representees, de toutes les couleurs et sous toutes leurs formes. Le Meenakshi Temple abrite un grand bassin interieur, plusieurs autres temples dedies a des dieux en particuliers (Ganesh, Siva, …), on peut se retrouver face a un elephant, des chameaux ou encore des ceremonies de mariages. Cet edifice est une ville dans la ville. C’est splendide !

Le reste de la ville justement, ne nous a pas vraiment conquis, mis a part un petit marche aux legumes plutot sale et mignon. Et le principal enorme marche aux fleurs ayant demenage a 7 km, nous ne voyions pas ce qui pouvait nous retenir plus longtemps loin des plages du Kerala.

Pour les photos de Madurai, cliquez ici.
Varkala :
Des notre arrivee, nous savions que nous n’etions pas ici pour la decouverte de l’Inde typique, ni pour la calme moin de l’activite touristique. Cette station balneaire n’est composee que d’hotels et de restaurants, entre lesquels s’intercalent des boutiques de vetements, de souvenirs et des cybercafes.

Mais lorsque l’on veut faire uniquement de la plage, c’est moins grave. Puisque dans tous les cas il est impossible d’etre seul en Inde, autant parfois etre sur une plage touristique… La plage est nettoyee (meme si les ordures sont jetees contre les falaises creant une belle decharge) et Elise peut etre en maillot sans choquer personne ni se faire mater sans arret.

Et Varkala a beau etre mega ultra touristique, les grands buildings ne sont pas encore la et la falaise permet un peu plus de tranquilite au bord de l’eau. C’est un peu comme Pokhara finalement, mais a la mer…
Ce fut donc une semaine tout de meme sympa, a jouer dans les belles vagues, a faire bronzette, a se reposer sous les cocotiers, a se promener seuls le long des falaises, a deguster du poisson un peu trop cher et a se faire harceler par les echoppes un peu trop bien achalandees du bord de mer.

Nous avons passe ces huit jours proche de Trivandrum, car le 1er fevrier commencent nos cours de Yoga a l’Ashram de Sivananda, une bonne excuse pour lezarder a la plage…
Pour les photos de Varkala, cliquez ici.
Kovalam :
Kovalam c’est moche, touristique, betonne a mort, pollue partout et par tout. Il y a 16 ans il n’y avait presque rien, quelques guest houses sous les cocotiers et des paillotes par-ci par-la pour manger du poisson sur la plage. Une chose n’a pas change… C’est “Madame salades de fruits frais“, sauf qu’aujourd’hui, au lieu d’etre au pied d’un cocotier a faire ses salades enormes dans des feuilles de bananiers, elle est sur des marches en beton sous un parasol a les servir dans des assiettes en plastique… Je (Damien) voudrais dire “no comment“, mais au contraire je prefere dire : “n’y allez pas c’est horrible et invivable“.

Vous imaginez le choc en arrivant… Du coup, nous sommes restes 1h30 et nous sommes repartis a Varkala, qui nous paraissait tout de suite presque paradisiaque !

En 16 annees, le petit paradis de Kovalam s’est transforme en un amoncellement de beton, tres mal fait et visuellement atroce. Ok, il est normal que ca change, mais les choses auraient pu etre mieux faites… Mais apparemment ca plait quand meme. Nous discutions avec un vieil allemand dans un restaurant de Varkala, le soir de notre aller retour, jusqu’au moment ou il nous a dit : “I have been to Kovalam last week, I liked it very much, it was very nice.” No comment et fin de la discussion.
Pour les photos horribles de Kovalam, cliquez ici.
L’Inde, 16 ans plus tard…
C’est avec des yeux plus ages, certainement plus lucides, mais aussi un peu tristes que je redecouvre l’Inde et les indiens. Ces pays est fascinant, mais 16 annees plus tard, c’est une sorte de desillusion, une petite deception que de retrouver un pays ou l’argent peut transformer un peuple si accueillant et souriant en personnages hautains, menteurs et agressifs. Certains diront : “Prenez-le a la rigolade”. Mais ce combat de tous les jours est fatigant et je pense que seules les personnes ayant effectuees un long passage en Inde peuvent comprendre. Il faut marchander pour tout, sans arret, et puisque nous sommes blancs nous roulons forcement sur l’or (serieusement, beaucoup d’indiens pensent que chaque occidental possede une maison, qu’il n’y a pas de pauvres en France et qu’il n’est pas necessaire pour nous d’economiser pour venir en Inde). Nous sommes touristes, nous sommes des portefeuilles sur pattes qu’il faut epuiser jusqu’au dernier centime. Il auront au moins reussi une chose… A nous epuiser tout simplement.
Ce pays est le pays de tous les extremes et de tous les contrastes. On y trouve des images et des couleurs respirant la vie et la joie, d’autres nous obligeant a regarder la misere en face, la maladie et la tristesse. Les odeurs sont parfois a vomir tant la pollution est partout, et 100m plus loin, les epices, le jasmin et la cuisine font rever nos narines. Et c’est malheureusement la meme chose avec les gens… Certains nous invitent a manger, a dormir ou a boire le tchai chez eux, nous sourient, nous parlent sans arrieres pensees ou se prennent en photo avec nous. Et de l’autre cote, dans les endroits touristiques, j’insiste car ce n’est pas partout comme ca, on nous ment tout le temps, on nous vole, on nous agresse, on nous prend pour des cons, et ca, ca enleve tout le charme de l’Inde.
Je suis triste car j’aurais aime faire decouvrir ce pays a Elise tel qu’il etait reste dans ma memoire d’enfant de 10 ans. Car meme si a l’epoque je ne me souciais de rien, je n’ai pas le souvenir qu’il fallait se battre autant et que l’argent etait deja devenu la premiere religion indienne.
Nous aurions peut-etre du choisir un itineraire moins touristique, plus authentique, plus loin des grands axes et donc plus calme, mais la taille et le poids de nos sacs ne nous permettaient pas de nous aventurer partout facilement (nous faisons d’ailleurs un colis aujourd’hui pour la Nouvelle-Zelande, afin de nous decharger de nos affaires chaudes et de trekking qui nous encombrent beaucoup trop). Et il faut dire aussi que si certains lieux sont si touristiques, c’est forcement qu’il y a une raison qui en vaut la peine et qu’il est peut-etre dommage de passer a cote pour notre premier voyage en Inde. Peut-etre nous faudrait-il plus de maturite et une peu moins de fougue pour parfois mieux apprecier le moment et ce pays que l’on aime, tout de meme, ou nous sommes bien, mais tellement intense qu’on voudrait parfois s’en echapper… C’est un peu difficile a expliquer, car nos sentiments sont aussi compliques et contrastes que ce pays. Amateurs et habitues de l’Inde, nous attendons vos reactions…
C’est ainsi le moment parfait pour aller nous reposer l’esprit a l’Ashram de Sivananda pres de Trivandrum pendant quelques jours… Decouvrir la meditation et le yoga, dans un lieu ou le calme et la relaxation sont des facons de vivre. A nous d’en faire bon usage afin de repartir plus sereins pour les 3 semaines restantes dans ce pays tout de meme extraordinaire et magnifique qu’est l’Inde.

ED.
PS : Venez voir nos nouvelles videos sur dailymotion (Bodhnath, train vers le sud, Auroville) en cliquant ici.